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« Ce qui se passe en Afrique du Sud est profondément douloureux pour toute l’Afrique » (Ousmane Sonko, entretien avec Al-Jazeera, Partie V, Fin)

Dimanche 19 Juillet 2026

En Afrique du Sud, des manifestants anti-migrants
En Afrique du Sud, des manifestants anti-migrants

Nicholas Haque

J'aimerais terminer cet entretien en abordant une autre question qui touche aujourd'hui le continent africain. L'Afrique du Sud connaît depuis plusieurs mois une recrudescence de manifestations hostiles aux immigrés et d'actes de violence visant d'autres ressortissants africains. Quel message souhaitez-vous adresser aujourd'hui aux Sud-Africains ?

 

Ousmane Sonko

Le premier sentiment qui m'habite est un sentiment de tristesse. Lorsque l'on voit des Africains poursuivre d'autres Africains, parfois vêtus de tenues traditionnelles de guerriers, c'est une image profondément douloureuse pour tout le continent. Nous ne devons jamais oublier que l'ensemble de l'Afrique s'est mobilisé aux côtés du peuple sud-africain durant son combat contre l'apartheid. Ce qui se passe aujourd'hui est donc particulièrement regrettable.

 

Cela l'est d'autant plus que l'Afrique du Sud s'est toujours présentée comme l'un des principaux porte-étendards du panafricanisme et qu'elle plaide encore aujourd'hui pour une représentation permanente de l'Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies. Le panafricanisme ne peut pas se limiter aux discours prononcés dans les sommets internationaux. Il doit d'abord se traduire dans notre manière de traiter les autres Africains.

 

Naturellement, chaque État souverain est libre de définir sa politique migratoire et de fixer les conditions d'entrée, de séjour ou d'installation des étrangers sur son territoire. Personne ne remet ce droit en cause. Mais les scènes auxquelles nous assistons aujourd'hui ne sont pas dignes de l'Afrique. Elles ne sont pas conformes à notre histoire. Elles ne sont pas conformes aux valeurs qui devraient nous unir.

 

J'appelle donc nos frères et sœurs sud-africains à prendre pleinement conscience de la gravité de la situation. J'appelle également les autorités politiques à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité et la dignité de tous les ressortissants africains présents sur leur territoire. Ce n'est pas cela, le panafricanisme. Ce n'est pas cela, l'humanisme.

 

Nous parlons d'êtres humains venus travailler, contribuer au développement du pays et construire une vie meilleure. Si un État estime ne plus pouvoir accueillir de nouveaux migrants, il existe des moyens civilisés et respectueux du droit pour gérer cette situation. La violence n'en fera jamais partie.

 

Nicholas Haque

Avant de conclure, parlons de football. La Coupe du monde 2026 a marqué un tournant pour le continent africain. Pour la première fois, dix sélections africaines ont participé à la compétition. Plusieurs ont été éliminées, mais certaines, comme le Cap-Vert, ont suscité l'admiration de nombreux supporters à travers le monde. Quel regard portez-vous sur les performances du football africain ?

 

Ousmane Sonko

Nous devons d'abord nous réjouir de voir davantage de nations africaines participer à la Coupe du monde. Il faut toutefois rappeler que cette augmentation résulte avant tout de la décision de la FIFA d'élargir le nombre de pays qualifiés. Il était donc logique que l'Afrique bénéficie de places supplémentaires.

 

Mais cette Coupe du monde a également mis en évidence des faiblesses que notre football connaît depuis longtemps. Ces faiblesses ne concernent pas le talent. L'Afrique ne manque pas de talent. Nos joueurs sont parmi les meilleurs du monde. Les difficultés se situent ailleurs. Elles concernent la gouvernance, la gestion, 'organisation administrative, la discipline, le fonctionnement de nos fédérations et de nos équipes nationales. C'est principalement sur ces aspects que nous devons progresser.

 

Malheureusement, ces insuffisances ont empêché plusieurs sélections africaines — y compris le Sénégal — d'aller beaucoup plus loin dans cette compétition alors qu'elles en avaient largement les capacités. C'est regrettable. Mais cette déception doit surtout nous conduire à un exercice de lucidité. Nous devons avoir le courage d'analyser nos propres faiblesses. Personnellement, je ne pense pas que les équipes encore en lice soient fondamentalement supérieures aux meilleures équipes africaines. La différence réside essentiellement dans l'organisation, la gestion et la discipline.

 

Le football reste cependant une compétition sportive. Il y a des vainqueurs et des vaincus. Nous devons féliciter ceux qui ont réussi. Mais nous devons surtout tirer les leçons de cette Coupe du monde afin de construire un football africain plus solide, mieux organisé et capable d'exploiter pleinement son immense potentiel.

 

Nicholas Haque

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, merci d'avoir accordé cet entretien à Talk to Al Jazeera.

 

Ousmane Sonko

Merci à vous.


FIN
Momo ALADJI
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